Couple : espionnage et solitude existentielle

Nous le savons, les technologies de l’information et de la communication peuvent représenter une manne évidente pour ces personnes touchées par le dépit amoureux au sein de leur couple. 

Thérapie de couple : espionnage et solitude existentielle - Cabinet CAEN (Wasquehal)
Crédit photo : Glen Carrie / Unsplash

Certain(e)s rivalisent d’ingéniosité pour découvrir les potentielles infidélités de leurs partenaires. Notamment, via le piratage de leurs comptes Facebook ou par l’utilisation de mouchards installés sur leurs smartphones et leurs messageries.

D’autres, ne prendront même pas cette peine.

En effet, en 2018, une enquête de Kapersky, leader mondial  de la cybersécurité, révélait que 59% des personnes en couple, partageaient leurs codes PIN et mots de passe. Et d’ajouter que 24% enregistraient même leurs propres empreintes digitales sur l’appareil de leurs partenaires.

Autant dire que ce type de partage qui se voulait souvent “complice” ou tout simplement “pratique” peut occasionner des mauvaises surprises.

Au-delà de toutes considérations techniques, et quel que soit le degré d’habileté en la matière, ces pratiques d’espionnage cachent un mal être à plusieurs facettes.

Une terreur de la disparition du couple

Les personnes qui s’adonnent à l’espionnage de leurs conjoint(e)s peuvent avoir une difficulté personnelle à être bien et en confiance lorsqu’elles se retrouvent seules avec “elles-mêmes”.

Le couple est alors considéré comme un cocon douillet qu’il faut sauvegarder à tous prix, constituant le seul moyen de vivre en sécurité, loin des angoisses de l’existence.

Les espions sont souvent des personnes fragilisées qui recherchent une solidité. Cette pratique peu orthodoxe leur donne l’illusion de combattre leur anxiété existentielle.

Une recherche maladroite de changement

Nos espion(ne)s peuvent être en quête de clarification et de changement. Par ce biais, ces personnes expriment maladroitement à leurs conjoint(e)s une demande d’intimité nouvelle et, paradoxalement, le désir d’une confiance renouvelée.

Elles tentent de provoquer un choc dans le couple à dessein de faire émerger au grand jour ce qui est caché.

Il y a un vrai désir de réinstaurer la communication au sein du couple et de le faire sortir de ses habitudes et de ses rituels.

L’illusion de la réponse aux besoins

Une attente et une injonction, plus ou moins marquées, existent dans la relation au sein du couple.

Elle pourrait se traduire par : “si tu m’aimes, tu dois répondre à tout ce dont j’ai besoin”. Ainsi, l’un(e) attend de l’autre une certaine réciprocité en matière de ressemblance, d’envies et de désirs.

Dans ce cadre, la pression quotidienne que représente l’espionnage a pour fonction de veiller à cette illusion. Celle de croire que deux personnes ne font qu’un !

Le pouvoir et le contrôle sur l’autre

L’espionnage est pathologique. Il permet aux personnes d’exprimer leur soif de pouvoir sur l’autre. Derrière cette quête de pouvoir se cache une difficulté à s’assumer soi-même et à obliger l’autre à s’occuper de soi.

L’espionnage est un moyen de refuser les imprévus de la vie et de nier l’impermanence en toutes choses, dont évidemment celle liée à la vie de couple.

L’espionnage, mutuel ou non, est à coup sûr un signe irréversible de la mort prochaine du couple. Il ne peut constituer un outil de développement de ce dernier et rajoute dans le climat relationnel une pression, des attentes et des injonctions qui empêcheront le développement d’une communication fluide.

Cultiver l’altérité ! 

Le couple est un espace de partage où se cultive l’altérité. Il n’est en aucun cas un moyen de répondre à tous ses besoins. La confiance et le respect de la personne et de son intimité personnelle est le seul chemin pour favoriser une ouverture.

Vivre mieux le couple passe par le “mieux être” pour soi.

Parler et échanger constituent des moyens simples pour réintroduire cette confiance et prendre en compte de nouvelles évolutions pour le couple et les personnes qui le forment.

Lorsque cela est trop difficile, l’intervention d’une personne extérieure  peut aider progressivement à tendre vers cette démarche.

La thérapie centrée sur la personne constitue un moyen d’entraîner de nouvelles manières de communiquer et de traiter le mal être des concerné(e)s.

Ce faisant, elle permet de mettre en commun les nouvelles perspectives du couple.

Elle donne à chacune des personnes la possibilité de prendre confiance en soi. De trouver la force de répondre à ses propres besoins sans peser sur le couple.

 

Jean-Yves CAEN, psychopraticien dans l’Approche Centrée sur la Personne.


Pratique : espace psychothérapie et relation d’aide